Le blues du photographe de concert

David TLaisser un commentaire

Si toi aussi tu es photographe de concert (mais ça doit pouvoir s’étendre à plein d’autres pratiques artistiques), tu as sans doute déjà été confronté à ce moment où tu te mets à ressentir une forme de lassitude et de monotonie (ou alors c’est juste moi et il faut que je m’inquiète). Soudain tu as l’impression de toujours faire la même photo, le même cadrage, la même composition. Et cette photo que tu fais toujours, c’est tant qu’à faire la plus fade, la plus simple, la plus « déjà vue ». Les belles photos, tu les rates toutes, comme cette superbe photo où le chanteur prend la pause, qui se révèle floue au dérushage pour une raison incompréhensible. Ou bien encore ce moment où le guitariste fait le saut de l’année à 2 mètres de haut alors que tu es en train de changer d’objectif.

Plein d’abnégation tu t’obstines. Tu te forces à aller à des concerts pour lesquels tu n’as plus vraiment de motivation. Au moment de l’édition de tes photos de concerts, tu trouves tes couleurs et tes retouches elles-aussi fades. Tu blâmes le mec des lumières qui ne fait aucun effort pour mettre des spots dignes de ce nom sur les groupes. Mais au bout d’un moment tu prends conscience de tes lacunes par rapport à d’autres qui sortent encore et encore de superbes clichés. Et là tu te poses la question tant redoutée : « à quoi bon continuer ? »

Cette traversée du désert, je l’ai connue et ressentie en 2014, et dans une moindre mesure l’an dernier quand j’ai commencé à avoir des problèmes de dos (mais ce n’était pas vraiment pareil). Et puis sans crier gare, ça m’est tombé violemment dessus dans le courant de cette année 2018. Dans mon cas, ça démarre toujours de la même manière : ce sont les problèmes rencontrés dans mon activité professionnelle qui rejaillissent soudain sur ma pratique de la photo de concert. En 2018, jamais je n’ai autant été obligé d’annuler ma participation à des concerts au dernier moment. Au bout d’un moment, j’ai commencé à me dire : ai-je encore le temps et l’énergie pour « ces conneries » ? (variante à peine voilée du fameux « I’m too old for this shit ») Ajoutez à cela quelques soucis de santé (tout à fait mineurs, mais rien ne vaut une bonne angine pour te passer l’envie d’aller à un concert quand t’es déjà moyennement motivé) ou coups de déprime : j’ai tout à fait conscience d’avoir déçu quelques personnes cette année, à commencer par moi-même.

Alors on fait quoi pour contrer le blues du photographe de concert ?

Non, parce qu’on va pas rester là à s’apitoyer sur son sort et se payer une séance de psychanalyse gratuite sur ce blog.

Il me semble que la première chose à faire face à ce genre de coup de blues est de se laisser du temps, et de profiter d’une période de calme ou de vacances comme celle-ci pour essayer de lister toutes les choses positives qu’on a pu accomplir au cours des derniers mois. Et dans mon cas il s’est passé plein de choses ultra positives en 2018 :

  • Pour la première fois j’ai signé un contrat de cession de droits avec un label pour des photos réalisées lors d’un concert et qui ont été exploitées pour la promo du groupe. Il s’agissait de The Limiñanas.
  • Profitant de ce bon contact avec l’entourage du groupe, j’en ai profité pour solliciter une interview avec photos posées, une grande première pour moi. Le résultat est à lire ici : interview de The Limiñanas
  • J’ai aussi été payé pour la réalisation d’un reportage photo (dont je ne peux pas trop parler mais c’était très cool)
  • J’ai vendu un petit paquet de photos à des particuliers
  • J’ai croisé pas mal de gens qui m’ont dit tout le bien qu’ils pensaient de mes photos, à tel point que c’et devenu une blague récurrente avec des potes photographes sur l’existence de ma pseudo fan base
  • Je n’ai jamais eu autant de contacts positifs avec des artistes, comme Julia de Pendentif qui m’a contacté sur Instagram pour me dire que mes photos étaient ses préférées de toute leur tournée. Ou encore Michael Lome, artiste choisi par Julien Doré pour faire sa première partie lors d’un de ses concerts au Colisée de Roubaix, et qui m’a contacté sur Facebook pour me proposer une accred. S’en est suivi une belle rencontre et un bon moment.
  • Et puis ça peut paraître dérisoire : mais j’ai enfin shooté Depeche Mode, un des quelques groupes qui m’avaient donné envie de faire de la photo de concert. Même si après coup je me suis dit que le résultat serait plus sympa dans une salle de concert qu’en festival, c’était en soi un accomplissement pour moi.
  • Et j’en oublie sans doute d’autres…

Ensuite, je pense qu’il faut essayer de se donner de nouveaux défis, de se fixer de nouveaux résultats à atteindre. Comme je le disais, en 2018 j’ai fait plein de nouvelles choses, et si certaines (beaucoup) sont liées au hasard des rencontres, d’autres ont clairement été provoquées par moi. Alors pour la rentrée de la saison 2018-2019, j’ai plein d’idées. Certaines ne se concrétiserons pas, mais je compte bien faire en sorte que d’autres voient le jour. Et sans faire de faux teasing, je ne tarderai pas à en parler ici.

Et si enfin, en ayant bien pris le temps d’y penser, on n’arrive vraiment à rien dégager de positif dans ce qu’on a accompli, et que quand on pense « nouveaux défis », on arrive seulement à se dire qu’on est trop vieux pour ces conneries, il est effectivement peut-être temps de passer à autre chose, sans forcément remiser l’appareil photo sur une étagère, mais peut-être en se trouvant une activité photo plus « simple » que celle de photographe de concert, où en tout cas on maîtrise mieux l’accès aux sujets à photographier. Plein de copains photographes de concert ont décidé d’arrêter ces dernières années. Il n’y a rien de honteux à cela.

Photo d’illustration : Seasick Steve @ Main Square Festival 2017

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